Noël : arrêter de voir tout en rose !

Noël : arrêter de voir tout en rose



Nous avons souvent une vision très idéalisée de la naissance de Jésus. Un petit tour dans les évangiles nous permet de la corriger et de mieux saisir en quoi Noël ressemble déjà à Pâques.
Une douce lumière éclaire la petite famille heureuse. La robe de la maman est d’une propreté étonnante, pas tâchée par son accouchement récent. Le visage du papa est serein, pas du tout traumatisé d’avoir assisté à une naissance pour probablement la première fois de sa vie. Le bébé dort tranquillement, il ne crie pas, ni ne cherche à têter constamment. Le cadre est, certes, surprenant ; une mangeoire pour berceau, et quelques animaux (toujours très propres, eux aussi) qui regardent sans déranger. Des bergers (visages et habits bien lavés) se joignent à la famille avec éventuellement des agneaux tous mignons dont la laine duveteuse est d’une blancheur étonnante.
Nous avons tellement l’habitude de voir des images comme celle que nous venons d’évoquer que nous pensons parfois, inconsciemment, que c’était évidemment la façon idéale pour le Fils de Dieu de naître. Ou encore, l’émerveillement devant l’idée que Dieu vienne sur Terre comme un bébé nous fait perdre de vue les conditions étonnantes de sa naissance. Revenons au texte biblique. Le récit est sobre, mais en réfléchissant un peu nous verrons l’humilité dans laquelle Dieu est venu vers nous.
1. Le voyage
L’évangile de Luc nous raconte que Joseph et Marie étaient obligés d’aller de Nazareth à Bethléem pour se faire recenser. L’auteur mentionne qu’il s’agit de « la ville de David », parce que Joseph était « de la famille et de la descendance de David ». Dieu, qui voulait que son Messie naisse dans la ville de David parce qu’il était le roi promis dans la lignée de ce dernier, aurait pu faire venir Marie et Joseph d’une autre façon, pour une raison plus personnelle, plus en avance de l’accouchement. Mais il a choisi de se servir de César Auguste et de faire remuer l’empire romain dans sa totalité, pour que son Roi naisse dans la ville de David.
Le résultat pour Marie et Joseph ? Un voyage de 5-10 jours à pieds au cours du neuvième mois de grossesse. La Bible ne précise pas s’ils avaient un âne, comme nous voyons dans presque tous les tableaux qui dépeignent leur voyage. Nous pourrions spéculer en raisonnant que Joseph avait les moyens pour se procurer un tel animal ; mais la Bible ne rentre même pas dans le débat. D’où vient cet âne ? Est-ce de la gêne qu’éprouvaient les artistes à l’idée de montrer une femme bien enceinte en train d’entreprendre un tel voyage à pied ? De toute façon, même si Marie a pu profiter de ce moyen de transport, ce n’est pas le plus confortable pour une femme enceinte. N’était-elle pas censée se reposer au lieu d’entreprendre un voyage qui devait être éprouvant physiquement?
Au niveau émotionnel aussi, cela représentait une épreuve pour Marie. Elle a dû s’éloigner de ses proches : sans doute avait-elle projeté d’accoucher chez elle, avec l’aide des femmes de sa famille ou de son entourage. Au lieu de ce confort, elle va vers l’inconnu avec pour seul aide son mari, qui n’avait probablement jamais assisté à un accouchement. A Bethléem, ils ne connaissent vraisemblablement personne (sinon ils auraient pu se loger chez des amis). Les seules personnes qui viennent célébrer la naissance avec eux sont des inconnus peut-être un peu rustres. On ne raconte pas que des femmes sont passées pour aider Marie dans l’apprentissage de l’allaitement ou les soins du bébé. A part Joseph, elle était seule pour l’accouchement de son premier enfant.
2. Le logement
De nos jours, nous avons l’habitude d’accoucher dans des hôpitaux bien équipés et soumis à des règles hygiéniques. S’il y a un problème, les médecins sont là. On peut donner un bain à bébé tout de suite après la naissance. Tout est bien préparé. Mais pour le Roi éternel, les conditions sont plus basiques. On ne sait même pas s’il est né dans une étable (peut-être une pièce au rez-de-chaussée d’une maison, où les animaux étaient à l’abri pendant la nuit). Le texte raconte simplement que Marie a posé Jésus « dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôte. » Nous savons qu’il est né dans la ville puisque les bergers vont jusqu’à Bethléem pour le voir. Nous pouvons espérer que le fait d’être en ville implique un abri, un toit. Mais nous ne pouvons pas en être certains. En tout cas son premier lit était parmi les animaux, donc il était probablement sale, mal éclairé et sentait mauvais. Dieu avait déjà choisi Marie et Joseph pour s’occuper de son Fils, plutôt qu’une famille aisée ou importante ; mais il va encore plus loin puisque la naissance du Messie a lieu dans les conditions les plus basiques, loin de la vue de tous, si ce n’est quelques visiteurs. Encore un bébé qui vient de naître dans la pauvreté, ont dû penser ceux qui les ont vus.
3.  Les visiteurs
Qui a le droit de rendre visite à un bébé d’une lignée royale ? Sûrement pas tout le monde. Hormis la famille, peut-être quelques dignitaires, des chefs d’Etat. Uniquement des personnes importantes. Mais ceux qui viennent pour ce nouveau Roi sont des gens un peu rustres, quelque peu marginaux. Si les bergers dormaient dehors, c’est qu’ils n’avaient pas trouvé un lieu qui leur permettrait de dormir dans leur propre lit. Ils n’étaient probablement pas très cultivés, et surtout n’avaient pas de position importante dans la société. Mais ce sont eux qui ont eu le privilège d’entendre un chœur d’anges (du jamais vu ailleurs dans la Bible !) et d’aller voir le Messie seulement quelques heures après sa naissance.
Nous n’évoquons que très brièvement la visite des mages, qui appartient à la « petite enfance » à proprement parler, puisque cet épisode semble s’être déroulé de longs mois plus tard : après leur départ, Hérode, voulant la mort de Jésus, a donné l’ordre de tuer les enfants de moins de deux ans dans Bethléem et les environs (même s’il visait large, cela implique que Jésus n’était plus un nourrisson au moment de la visite des mages). Enfin des personnes qui offraient des cadeaux somptueux pour célébrer la naissance de Jésus ; mais ils étaient très probablement des païens, donc en temps normal exclus du peuple de Dieu. Ce n’est pas forcément l’accueil auquel on se serait attendu pour le Messie.
Pourquoi ?
Pourquoi Jésus est-il né sous de telles conditions ? Dieu voulait montrer par là que c’était vraiment un roi différent des autres, qui « est venu, non pour se faire servir mais pour servir… » (Marc 10.45), comme Jésus lui-même l’explique. Les tensions sont là dans les récits des évangiles : il est né dans la ville de David, dans la lignée royale, mais dans l’obscurité et la misère. Sa naissance est annoncée par une multitude d’anges, mais à des bergers, des personnes sans prestige. Il est venu pour « tout le peuple », et même pour le monde entier, comme le montre la visite des mages ; pourtant peu de personnes ont remarqué sa naissance.
Etait-il vraiment nécessaire que la venue du Fils de Dieu se fasse ainsi ? L’évangile de Luc nous livre une astuce : Marie a couché Jésus dans une mangeoire « parce qu’il n’y avait pas de place dans la chambre d’hôte ». C’est une petite indication de la dureté des cœurs, que personne n’ait eu pitié d’une femme sur le point d’accoucher, pour lui accorder un lit ou une pièce convenable. La naissance du Messie met en relief le besoin d’un sauveur.
La suite du récit dans l’évangile de Matthieu ajoute une note bien plus sombre : Hérode cherche à se débarrasser de ce nouveau roi, à tel point qu’il ordonne un massacre : la mort de tous les enfants qui avaient moins de deux ans dans les environs. Le rejet de Dieu le Fils commence tôt ; mais c’est exactement pour cela que Jésus vient « pour servir et pour donner sa vie en rançon pour la multitude ». Le rejet nécessite un rachat, et ce Roi va donner sa propre vie, une vie de service et une mort pour les autres. Et cela commence à sa naissance : il n’exige pas d’être bien traité mais s’humilie dès le début.

Notre façon de comprendre le premier Noël va avoir un impact sur notre célébration de la fête de Noël chaque année. Souvent, nous voulons que tout soit parfait : un repas magnifique, des cadeaux parfaits, toute la famille qui s’entend bien… mais la réalité a tendance à nous décevoir. Dans les moments d’imperfection, de frustration, de conflit, souvenons-nous que c’est exactement pour cela que Jésus est né. Il nous a donné sa perfection à la place de notre imperfection, et la perfection nous attend, si nous avons mis notre confiance en lui, dans le nouveau monde qu’il va instaurer. Arrêter de tout voir en rose à Noël nous permet de comprendre jusqu’où le Fils éternel de Dieu était prêt à aller pour nous racheter de notre imperfection. Que notre fête imparfaite nous rappelle notre Sauveur parfait !

Unknown

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